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Signature de Roland HalbertExplication du sceau de l'artiste

Livre d'or

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05/09/2026 16:30:43
Voilà plus d’un an que La Passion Papillonne et sa Volière de vocables accompagne mon quotidien. Soit directement, car je regarde ce livre très souvent ; soit comme une sorte de basse continue qui contamine mes perceptions presque chaque jour, à mon insu. Je dis « Errances’ », car à bien observer les choses, je ne lis pas ce livre. Je dirais plutôt que c’est lui qui me lit et qui vient irriguer les petits vides de journées plutôt actives, mais aussi les moments bien remplis. Une suspension musicale en sorte : Je m’arrête, j’attends, j’écoute, je regarde… Et si c’est la force des grands livres de nous arrêter, de nous arrêter de faire, c’est une réussite. En octobre dernier, alors que je fendais du bois dans la campagne, il faisait beau. Un papillon est venu se poser. « Billet doux plié » sur ma bûche. Paon du jour. Merlin suspendu. Je n’ai pas beaucoup avancé, ce jour-là, à cause de vous Roro, G.H. et J.S. « Négation du temps », dit Nabokov. Mais ce livre peut-il apprendre à en jouir, dans un temps obsédé par l’utile ? Si oui, il est révolutionnaire. (Tiens, je pense à J. Gracq in Lettrines : « Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler. ») Cette errance ouvre les espaces du livre. C’est là que la formule « Laissez-vous aller au souffle sans cadastre ni horloge » se révèle si juste. Le thème du sortilège du verbe la complète. J’y ajoute le sortilège des images et de l’iconographie. Un florilège qui s’avère puissant et qui dure. J’avais dans l’enfance beaucoup regardé les papillons dans le jardin familial et le long des chemins. Je les avais pourchassés aussi pour tenter de les attraper. Ils étaient nombreux, et leur vol incertain et silencieux me fascinait. Et puis, je les ai moins regardés. Les grands oiseaux, surtout les rapaces nocturnes, avaient pris la place. Ce livre m’a ramené vers les papillons ! Je les regarde, au moindre vol qui passe, je suis distrait, curieux et impuissant devant ces « écailles d’azur » qui mènent à « la vie éternelle comme tous les mercredis »… Certes, il est beau ce livre. Son format retient l’œil. Et le premier feuilletage réveille la curiosité, met en appétit de regards, de lecture, de découvertes. Une vraie tapisserie de trame riche et de fils finement entrelacés. La mise en page, les nombreuses images, les traductions de G.H., les encres de J.S. Mais il est bien davantage par son incroyable richesse de citations, d’allusions, de références et aussi les bas de pages de la Volière. Ah ! ces bas de pages… Et c’est un crime de lèse-majesté que de tenter de rendre compte d’un livre aussi riche de toutes ses approches : des œuvres et des récits si divers, dans des territoires, des cultures savantes et populaires si variées. Je me résigne à confier quelques moments de plaisir et d’émotions « papillonnes. » Tiens, ce matin, page 120-121. D’abord l’affiche du Cirage Papillon noir. Souvenir d’enfance, odeur du cirage, le verrou « papillon » du couvercle. Et quelle traversée page 120 ! - Papillons noirs, papillons bleus - Madame Bovary qui jette au feu son bouquet de mariée - Un papillon noir et blanc Melanargia galathea - Le grand Gérard de Nerval, Le deuil en habit funèbre… - Le Dictionnaire des superstitions : Papillon blanc, papillon sombre, bon et mauvais présage - La Mégère, le Satyre, Maldoror Chaque page de la Volière ouvre tant de portes aux souvenirs, aux découvertes et aux invitations à lire qu’il faut faire preuve d’un solide appétit. Et je sais que je ne suis pas prêt d’avoir fini de lire La Volière, tant les vocables et leurs associations subtiles conduisent rapidement à une sorte d’ivresse poétique. Ma première vision du livre s’est portée sur La Volière. Fascinée par les images et le grand voyage insoupçonné de cette collection. La Madone au papillon « Flambé », l’ange de l’Annonciation, la tapisserie de Jean Lurcat. Les coiffes, les broches, les vases… et les théorèmes. Quel luxe ! Je ne peux pas oublier au passage la place des dessins de J. S. D’abord dans La Passion. Quelle force d’expression par la variété des formes, leur graphisme et leur mise en page ! Ils se mettent à voler en feuilletant les pages à toute vitesse, comme dans les livres animés pour les petits. Mais aussi dans la Volière, l’arbre aux papions ! et l’autoportrait en papillon de la page 98 qui retient particulièrement mon attention. Ni les traductions de G.H. J’en retiens une sur Le Machaon : Swallowtail : Pharaonic butterfly Night-time chain links of gold The masks pops out of ocelli In wings opens eyes Turns into a fan Of the sun Juste de quoi sentir au passage la qualité de chaque langue et le besoin de les préserver du flot médiatique environnant. Ce livre est un grand livre. Il témoigne de la profonde complicité de la nature et de l’esprit. Il est pour longtemps sur ma table, mon bureau, mon établi (va-t-il résister longtemps ?) Et désormais mes papillons sont chargés de vocables : « Fleur sans tige », « petite réclame du paradis », « allumette volante », « libertin de l’azur », « troupe diaprée… » Chargés mais en rien alourdis. Je n’ai presque rien dit, mais je sais qu’il faut que j’accepte d’en rester là. Merci pour ce livre encore si présent pour moi depuis la signature Les mégères et les piérides volent, ce midi, dans le jardin. Il fait beau. Le 5 septembre 2026
Joseph Tremblay dit Jojo
 
23/06/2026 18:03:05
Évidemment, les peintures de Valérie Prévôté et ta longue présentation prennent un tout autre relief après les avoir vu hier. Tu as si bien pénétré l'acte même de peindre de cette artiste, de travailler toutes ces teintes élémentaires: le bleu , le noir, que je te vois presque comme le porte-pinceaux, le broyeur de couleurs, tels ces auxiliaires des grands ateliers du 17-18e siècle qui étaient le nez sur la toile qu'ils préparaient et qui n'en pensaient pas moins... Ce texte réussit à être le "back-ground" bienveillant de ces toiles contemplées au plus près. Les renvois à d'autres poètes font mouche...
Dominique Prat
 
22/06/2026 17:08:58
Cher Roland C’est vraiment remarquable et très profond ce que tu as exprimé autour de la peinture de Valérie Prévôté... C’est vraiment super d’entendre l’artiste s’exprimer à travers tes mots! Et d’arriver à faire le lien entre peinture littérature et poème, c’est de l’art! Bravo Roland Amitiés
Michelle Tharrault
 
14/03/2026 11:51:45
Ta rencontre avec Gracq, en Anjou, a permis ce que j'attendais depuis longtemps : le poème de ton pays, enfin ! Il m'a fallu deux lectures pour bien entrer dans cette inspiration débordante, pleine d'émotions, malgré certaines pages qui restent encore pour moi énigmatiques. Notamment, ces signes géométriques dont je n'ai pas trouvé la clé... Encore une fois, je retrouve ta rigueur dans l'édification des paysages et leurs polyphonies... J'ai eu la chance de découvrir l’Anjou durant ces 3 années d'études à Angers et mes passages dans les Mauges, ta mère et surtout Romaine, ces balades et pique-niques au bord de Loire, le site formidable de l'Evre dans ses gorges, le bateau de Gracq sur la rivière que j'associe à celui de La Chartre, m'ont marqué à jamais. Je suis plein, moi aussi, de cette région que j'aime. Alors, ce poème tombe à pic pour réveiller ma nostalgie des années 70-80... Gamin, je visualisais l'Anjou et surtout la Touraine comme des pays solaires et luxueux, depuis ma Beauce plate et austère. Ton texte ranime cela avec ses petites poussées de fièvres amoureuses transmises par tes mots. J'aime que tu sois resté sur le sceau de la terre, des paysans, du peuple dont tu es issu ; moi, je cherchais plutôt l’aristocratie des châteaux et des manoirs... Inaccessibles, bien sûr ! A présent je pense plus au cimetière de Botz qu'à celui de La Chartre... c'est curieux non ? Je sens que Gracq a fini sa vie dans la simplicité comme les paysans et ce sera sans doute ton lot... Quant à moi, je serai toujours louvoyant entre une judéité volage et une aristocratie (du côté des femmes) inaccessible... mais c'est pas grave, car je me sens en contact fraternel avec ton imaginaire poétique par-delà nos origines. Étrange destin ! Cet écrit est le plus proche possible de notre amitié, tu le sais, et certaines pages le disent qui grattent nos points communs avec délectation. Voilà, comme tu dis "et c'est bien suffisant", ce que je peux t 'écrire depuis cette lecture toute fraîche qui m'émouvra à chaque fois que j'ouvrirai ce livre. On en reparlera, sans doute, à perte de vue... A toi !
Dominique Prat
 
30/12/2025 10:29:05
« Cantique de Caravage ». Je commence par la fin : mes heures passées en compagnie du « Cantique » et de celles du Caravage m'ont amené sur le splendide portrait de dernière page qui nous regarde avec - à mon sens - une bienveillance légèrement teintée d'ironie dans le pli des lèvres, il nous dit peut-être « Alors ! vous êtes enfin arrivés au bout, cher lecteur bénévole » comme tu dis... Pasolini l'aurait apprécié sans doute, ce visage. Ainsi qu'Ohana qui fait revivre une prostituée dans ses pièces chantées comme Cara dans ses toiles ; sa suite pour guitare « Si le jour paraît… » que j'ai réécoutée, ce matin, exprime peut-être aussi la violence qui habitait le peintre, ce bagarreur... Je l’entends comme un massacre musical de glissando brusques et coups portés sur les cordes. Son « Tiento », entendu en ta compagnie à Nantes et joué par Alberto Ponce, m'avait, lui aussi, mis dans un drôle d'état. Ces deux artistes me semblent, en tous cas, très proches par l'Esprit et l'Art. Mais revenons à Caravage. J'en sors (de ce livre) avec aussi la sensation d'une vraie balade dans les rues de Rome et les innombrables églises que je n'ai pas vues, mais qu'on visite quand même avec toi sur les traces du peintre ; je ne suis jamais allé à Rome et j'en rêve… La conversation finale avec le graffeur me fait penser aux conciliabules inventés pour une part (qu'on ignore) que Malraux entretenait avec des hommes célèbres : de Gaulle, Mao etc. Le livre semble faire la même chose, je me trompe ? Ça ne me dérange pas, car c'est intéressant ! Il est des vers ou haïkus que j'ai envie d'apprendre par cœur comme autrefois, mais il y en a trop et ce livre est un vaste récit attaché aux reproductions visitées avec une précision d'entomologiste. A ce propos, oui ! les images sont belles et ont dû coûter la peau des fesses… Graulhet faisait partie de mes tournées d'accordage dans le Tarn. Pourquoi mettre « janvier » à la fin ? Peut-être pour relancer tout le livre sur une résurrection et un grand Espoir de point d'orgue ; tu te rappelles : « J’efface tout, je recommence ! » Ce Cantique est une vaste ruche de laquelle les abeilles-mots s'envolent pour butiner les images, en tirer tout le suc et retourner travailler dans la ruche pour faire la cire et le miel de la poésie. Tu seras d'accord là-dessus ! J'aime cette industrie, aussi ai-je pris mon temps pour ne lire qu'un ou deux mois à la fois, et je les relirai d'ici peu pour mieux pénétrer dans les vers qui m'échappent encore - comme les abeilles ! J’ai une prédilection pour la Madeleine de « septembre », parce que j'ai une cousine germaine fort belle dont j'étais amoureux à 18 ans et que j'enlevais à ses parents pour aller voir les fresques romanes de la vallée du Loir en 2CV. Ainsi celles de Troo, Saint Jacques-des-Guérets (ses verts d'amande douce) et Poncé-sur-le Loir (repeintes, hélas). Va voir le film « Le Chant des forêts » de Vincent Munier, tu sentiras cette respiration de la Nature comme nulle part ailleurs au cinéma ; je la retrouve dans ton livre, tel un chant grégorien qui flirterait avec des bribes de polyphonie en « a parte », toutes délicates… Ton livre mériterait une analyse plus fine, ainsi que tu sais le faire pour mes écrits, mais peut-on commenter la poésie ? On la chante n'est-ce pas ! Il faudrait le mettre en scène sur les planches avec projections sur écran. Allez, je ne t'imposerai pas plus mes élucubrations... On en parlera de vive voix. « Vive », c'est mieux. Finissons cette année avec l'espoir d'une vie restante dans la Joie et la Musique. Bye ! Dom.
Dominique Prat